Partis politiques ou coalitions de partis, mandataires, administration territoriale, tous coupables.

Cette forte tension née des rejets de beaucoup de listes, notamment de l’opposition, n’est pas à mettre sur le dos d’une personne ou d’une catégorie de personnes, les responsabilités sont partagées.

Les partis de l’opposition avaient exigé l’organisation des élections locales en 2021, mais ce qui vient de se passer montre qu’ils ne sont même pas prêts pour la date du 23 janvier 2022 décidée par le Président de la République.

Se fixant l’objectif de gagner les élections locales pour donner “un signal fort” au Président Macky Sall en l’obligeant d’écarter toute idée de tenter de briguer un troisième mandat, les partis de l’opposition ont misé sur les coalitions. L’idée est pertinente mais la matérialisation est impossible, si on tient compte de la spécificité d’une élection locale et de la réalité politique sénégalaise.

En réalité, les coalitions mises en place n’ont créé que des problèmes. Dès le début, on savait qu’elles allaient éclater dans beaucoup de localités.

Une élection des conseillers municipaux et départementaux est une affaire de responsables locaux et non de leaders nationaux.

Dans les localités où les gens n’ont pas respecté le mot d’ordre des partis, ils ont mis en place des coalitions en fonction des réalités locales, et ont réussi à constituer leur liste et à les déposer.

Ceux qui ont voulu être politiquement disciplinés, se sont heurtés à la réalité locale. Ils sont entrés dans une logique de recherche de consensus perdu d’avance. Avec des positions figées ou des discussions sans aucune sincérité, des guerres de positionnement, les discussions ont duré une éternité en se terminant, soit par un échec, soit par une solution dictée par le sommet sans tenir compte de la volonté de la base.

Voilà pourquoi, dans beaucoup de localités, les candidats ont été désignés aux derniers jours du dépôt des listes, ils n’ont pas eu le temps de finir le travail.

A Mbour commune par exemple, l’arbitrage tardif et polémique de la CNI de PASTEF sur le différend opposant le Dr. Diaite au porte parole du parti, Me Tall, explique en partie ce qui leur est arrivé dans le dépôt de leur liste.
Ce dernier, qui a eu la faveur du parti et qui a été désigné candidat, a vu sa liste rejetée par le Préfet.
Même si l’autorité administrative peut être accusé de partialité, de complot et autre, la déclaration faite par maître Tall, après le rejet de sa liste, permet de dire que leur dossier n’était pas complet, au moment où leur mandataire était présent dans les locaux de la préfecture. Il y a des compléments de dossiers qu’il attendait. (Ecouter l’intégralité de l’audio de Me Tall).

La même chose peut être dite sur les rejets de la coalition Gueum sa Bop de Bougane dans plusieurs Communes et particulièrement à la ville de Dakar.
Les propos tenus par Bamba Fall, mandataire de la coalition à la ville de Dakar, et par Bougane, président de la coalition, ont clairement démontré leur amateurisme.

Il y a quelques jours, un journal de la place a mis à sa une, “Bougane compte sur l’expérience de Bamba Fall”. Mais la réalité est tout autre, Bamba Fall a rejoint GSP uniquement pour avoir un appareil à utiliser pour déposer sa candidature à la mairie de la Médina.
C’est le cas de tous les autres maires qui ont rejoint cette coalition: Fallou Sylla de Mbour, Ahmet Fall Braya de Saint Louis, pour ne citer que ceux-là.

GSP a commis des erreurs de débutant sur leur liste à la ville de Dakar, et probablement, dans les autres communes où leurs listes ont été rejetées.

Pourtant, depuis un mois, le Directeur de la formation et de la communication à la Direction générale des Élections et le chargé de la communication de la Commission électorale nationale autonome (CENA) font des émissions à la télévision (une fois à la RTS, deux fois à la TFM) pour expliquer les modalités de confection des listes électorales. Le premier a même dit lors d’une de ces émissions, que leurs portes sont ouvertes à tous les partis politiques pour toutes informations dont ils auraient besoin.

En outre, du 11 au 17 octobre 2021, la DFC a organisé des séminaires de formation de deux jours par région sur toute l’étendue du territoire national. Gouverneurs,préfets, sous préfets et leurs adjoints, les membres des partis politiques, les membres des céda, les chefs de bureau électoraux ont été formés. Un guide de 62 pages avec des annexes leur a été remis.

Mais visiblement, certains partis n’en ont pas profité. En outre, ces erreurs montrent que les partis ou mouvements politiques ne se dotent pas d’experts électoraux et ne forment pas leurs responsables politiques locaux.

En fait, à la suite du dialogue national, le code électoral a connu un toilettage. Par exemple, au niveau de l’élection du conseil départemental, on avait la possibilité de déposer une liste majoritaire ou une liste proportionnelle où les deux à la fois. Cela a constitué une faille qui a fait que le Conseil départemental de velingara est illégalement constitué.

Avec le nouveau code, pour la liste départementale, il faut déposer obligatoirement une liste proportionnelle dont ceux qui y figurent peuvent venir de n’importe quelle commune constitutive du département et une liste majoritaire où il faut obligatoirement choisir un titulaire et un suppléant au moins, dans chacune des communes du département.
Le non respect de cette dernière disposition est la cause du rejet de beaucoup de listes au niveau des départements.

Que dire des mandataires ?

Certains ont été désignés sans aucune formation, ils n’ont pas aussi fait l’effort personnel pour comprendre leur rôle et le code électoral. Pis, certains ont fait preuve d’une lâcheté.
Des traîtres politiques, on en a vu depuis longtemps. Mais des mandataires qui fuient avec le quitus de paiement de la caution de la CDC ou qui déposent de fausses listes, ça devrait être une première au Sénégal. Les cas Djibril Ngom à Matam, Aly Fall Balde à Medina Yoro Foula et d’un mandataire à Ngoye, sont dignes de banditisme politique, d’imbécilité, de traîtrise, etc. Aucun mot n’est de trop pour qualifier leurs actes.

Ils peuvent être poursuivis au vu de l’article 383 du code code pénal qui stipule ” Quiconque ayant reçu des propriétaires, possesseurs ou détenteurs, des effets, deniers, marchandises, billets, quittances ou écrits contenant ou opérant obligation ou décharge à titre de louage, de dépôt, de mandat, de nantissement, de prêt à usage ou pour un travail salarié ou non salarié, n’aura pas, après simple mise en demeure, exécuté son engagement de les rendre ou représenter ou d’en faire un usage ou un emploi déterminé, sera puni d’un emprisonnement de six mois au moins et quatre ans au plus et d’une amende de 20 000 francs au moins et de 3 000 000 de francs au plus “.

Yewi Askan wi a décidé de poursuivre ces gens devant les juridictions. Toutefois, il est connu de tous, qu’au Sénégal, quand on est du côté du pouvoir, on bénéficie d’une immunité. Djibril Ngom, le traître de Matam, a transhume’ à l’APR et serait “couvé ” par le puissant Farba Ngom.

Enfin, encore notre administration territoriale !!!

Sans généraliser (il y a certains d’entre-eux qui sont dignes et font correctement leur travail), il est regrettable de voir à quel point beaucoup d’entre-eux sont colorés politiquement et font preuve de partialité.

Il est heureux de voir la CENA rappeler à l’ordre l’administration territoriale par rapport au rejet d’une liste pour motif de couleurs.

Mais la mise en garde devrait être plus globale. Les agissements de certains (refus de prendre une liste jugée incomplète) relèvent de zèle, d’une violation manifeste de la loi.
Il est très curieux de constater qu’aucune liste de la mouvance présidentielle n’a été rejetée. Pourtant, la coalition au pouvoir a été confrontée aux mêmes problèmes notés dans celles de l’opposition. La désignation des candidats a été tardive et beaucoup de responsables ont fait leurs listes dans les dernières heures du dépôt.

Tous ces actes, posés par différents acteurs, ont mis le pays sous une forte tension. Notre classe politique n’est pas prête et une partie de notre administration est défaillante.

Babacar Diouf, professeur d’histoire et de géographie au lycée de Nguekokh.

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