LA COMMUNAUTÉ SCIENTIFIQUE A L’ÉPREUVE: LE MONDE ENTIER VOUS ÉCOUTE ?( Dr Moussa Diédhiou)

La méthode scientifique désigne l’ensemble des canons guidant ou devant guider le processus de production des connaissances scientifiques, qu’il s’agisse d’observations, d’expériences, de raisonnements, ou de calculs théoriques. Très souvent, le terme de « méthode » engage l’idée implicite de son unicité, tant auprès du grand public que de certains chercheurs, qui de surcroît la confondent parfois avec la seule méthode hypothético-déductive. L’étude des pratiques des chercheurs révèle cependant une si grande diversité de démarches et de disciplines scientifiques que l’idée d’une unité de la méthode est rendue très problématique(René Descartes).

Ce constat ne doit cependant pas être entendu comme une forme d’anarchisme épistémologique. Si la question de l’unité de la méthode est problématique, cela ne remet pas en question l’existence d’une pluralité de canons méthodologiques qui s’imposent aux chercheurs dans leurs pratiques scientifiques.

Ces dernières années, les scientifiques ont été priés de sortir de leur tour d’ivoire pour présenter leurs recherches à un public plus large que la seule communauté scientifique et, ce faisant, instaurer un dialogue avec la société.
Cette demande adressée aux scientifiques est très présente dans le discours des administrations du monde académique au niveau local, national et international (par exemple, plan stratégique de l’Université de Lausanne (unil), Fonds national suisse (fns), European Research Advisory Board de l’Union européenne).

Cette nouvelle requête adressée aux scientifiques élargit celle, plus ancienne, d’expertise pour des problèmes scientifiques, techniques ou sociaux qui émane, elle, principalement des instances politiques.

Cependant, à la différence de l’expertise, la demande d’engagement n’est pas réservée à des scientifiques reconnus et habilités par l’instance, mais est destinée à l’ensemble des scientifiques.

De nombreuses découvertes scientifiques influencent, directement et indirectement, la vie quotidienne de la population et certains développements (énergie nucléaire, organismes génétiquement modifiés, nanotechnologies) sont devenus l’objet de controverses et de débat public.

Par conséquent, l’engagement des scientifiques est proposé comme solution pour construire une confiance et une compréhension mutuelles.

Cette demande s’inscrit peu à peu dans les pratiques scientifiques, qui ne se limitent plus à la seule production des connaissances nouvelles mais qui intègrent les « activités sociales (diffusion publique du savoir, participation aux débats citoyens, engagement culturel) »

Dans ce contexte marqué par la pandémie,  il échoit aux scientifiques de comprendre comment la science peut être mieux perçue en s’appliquant à communiquer avec le public pour que la confiance de celui-ci, au-delà des pressions du marché et du pouvoir politique et au-delà des bulletins de victoire prématurément transmis par les médias, soit préservée et maintenue.

La science a obtenu la place privilégiée qu’elle occupe dans notre société parce qu’elle était en mesure de fournir des connaissances objectives. Ceci la distinguait de la philosophie, dont elle est issue pourtant.

Le monde nous appartient. Soyons la corde de sauvetage de ce monde entier qui est aujourd’hui confronté à d’énormes défis sociétaux qui suscitent des préoccupations éthiques nouvelles.

Dr Moussa Diédhiou Parcelles assainies-Dakar

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