Journée Mondiale de l’Environnement : Interview avec Dr. Ibrahima Gassama, Acteur Sénégalais engagé dans le développement Durable.

A la veille de la journée mondiale de l’environnement, DIEGOUNE INFOS est allé à la rencontre de Docteur Ibrahima Gassama économiste et environnementaliste. Entretien !

DIEGOUNE INFOS : Mr Ibrahima Gassama, vous êtes économiste et environnementaliste, en quelques mots, quel est votre parcours professionnel ?

Ibrahima Gassama : Je dois, tout d’abord, vous exprimer toute ma joie de prendre part à cette entrevue dans votre journal qui abat actuellement un travail formidable. Au regard de vos émissions de conscientisation sur les questions de développement, je me sens comme un grand privilégié à l’invitation de cette entrevue. Pour parler de moi, je dois vous dire que je suis titulaire d’un doctorat en économie, spécialisé en économie écologique et développement durable de l’Université Paris-Saclay. Ma thèse de doctorat a été une codirection internationale des universités Paris-Saclay (France) et Laval (Canada) et a porté sur le sujet : « Du rendement soutenu à l’aménagement forestier durable : quelle forme de gouvernance pour le Québec ? ». Je détiens également un DESS en gestion du développement durable de HEC Montréal (Canada), un Master d’économie spécialisé en économie écologique et développement durable de l’Université de Versailles-Saint-Quentin-En-Yvelines (France), une Attestation d’études approfondies en sciences de l’environnement de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal) et une maîtrise d’analyse et politiques économiques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal). Depuis août 2018, je travaille pour le compte de la Commission québécoise des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). Dans cette organisation d’environ 5.000 employés, je suis coordonnateur expert des mandats organisationnels et officier en développement durable. À ce titre, je m’occupe de l’ensemble des mandats de l’organisation en matière de développement durable. Dans le même sillage, je participe à plusieurs comités gouvernementaux dont le mandat est de mettre en œuvre le développement durable au Québec. De 2015 à août 2018, j’ai eu à travailler chez Transition énergétique Québec (TEQ) au sein de l’équipe chargée de prévoir la demande énergétique et les émissions de gaz à effet de serre. Au sein de cette équipe, j’étais responsable de l’ensemble des indicateurs macroénomiques. Ainsi, dans le cadre de nos travaux, j’ai pu contribuer à la modélisation cherchant à déterminer la capacité du Plan directeur de la transition énergétique, innovation et efficacité 2018-2023 à atteindre ses objectifs d’efficacité énergétique et de réduction des produits pétroliers. Parallèlement à mes responsabilités de modélisation, j’ai travaillé sur plusieurs mandats liés à l’environnement et au développement durable. Ainsi, j’ai été choisi comme représentant de l’organisation au sein du Groupe interministériel sur l’économie circulaire (GIEC) dont l’objectif était de mener à bien les travaux préparatoires à l’élaboration d’un plan gouvernemental dans ce domaine. En outre, j’ai été membre du Comité interministériel sur les forêts et le changement climatique dont le mandat était d’évaluer la contribution potentielle des forêts à la lutte contre le changement climatique. Dans cette recherche, mes contributions ont porté sur deux thèmes : la gestion durable des forêts et la substitution des combustibles fossiles par des produits énergétiques issus de la forêt. De 2008 à 2015, j’ai eu l’opportunité de travailler au Bureau du forestier en chef du Québec (BFEC). Dans cette organisation, mon expertise a été utilisée pour développer les composantes économiques de livrables tels que les bilans d’aménagement durable des forêts et le Manuel de détermination des passibilités forestières. J’ai également contribué à la production du Rapport gouvernemental définissant la notion de « rendement durable » pour guider la détermination des niveaux de récolte ligneuse des forêts du domaine de l’État. Enfin, dans le domaine académique, j’ai été assistant en économie à l’Université de Versailles St-Quentin-En-Yvelines. Maintenant, j’interviens à temps partiel à AgroParisTech de la France et à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar comme Professeur invité dans l’enseignement de l’aménagement durable des forêts. Je suis également membre du Comité de lecture de l’Inetrnational Journal for Sustainable Development.

DIEGOUNE INFOS : On parle de plus en plus du développement durable, pouvez-vous nous définir ce concept ?

Ibrahima Gassama : Le développement durable est un concept polysémique dont la définition épouse différentes approches historiques de l’interaction entre la nature, l’humain et l’économie. Déjà, au courant des années 1970, dans l’élargissement du concept de développement, Ignacy Sachs proposait la notion d’ « écodéveloppement » qu’il définit comme : « un développement endogène et dépendant de ses propres forces, soumis à la logique des besoins de la population entière, conscient de sa dimension écologique et recherchant une harmonie entre l’homme et la nature ». On voit déjà qu’à cette époque le souci de concilier l’humain à son environnement était une préoccupation, dans un contexte où la performance des pays était regardée sous la loupe de l’indicateur de la croissance du produit intérieur brut (PIB) ou de son rapport avec la population (PIB/habitant). C’est également dans ce contexte que le rapport intitulé « The Limits to Growth », paru en 1972, va fortement influencer les débats de la Conférence des Nations-Unies sur l’Environnement humain, plus connue sous sa dénomination de Conférence de Stockholm. Ce rapport rédigé par des scientifiques du Massachusetts Institute of Technologie (MIT), encore appelé « rapport Meadows », souligne que l’avenir de la planète et de l’espèce humaine est menacé par le maintien du rythme de croissance économique et démographique. À travers son principe de la « croissance zéro », le document sonne l’alarme sur la situation de l’environnement mondial en constatant que seul « un état d’équilibre, qui signifie de maintenir un niveau constant de population et de capital » peut permettre d’éviter la catastrophe. Dans ce long cheminement conceptuel, c’est surtout le rapport de la Commission mondiale pour l’Environnement et le Développement (CMED) qui a rendu célèbre la notion de développement durable en mettant l’accent sur le principe de l’équité intra et intergénérationnelle. Il définit le développement durable comme « un développement qui répond aux besoins présents sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire leurs propres besoins ». Ce rapport précise que la croissance économique n’est pas indéfinie et qu’elle serait limitée par les contraintes environnementales. L’idée n’est pas de limiter la croissance ou de la faire reculer, mais de l’infléchir dans le sens d’un développement durable. On cherche donc à concilier le développement et l’environnement. Cette conciliation s’établit en créant une harmonie entre le développement économique, le bien-être social et la protection de l’environnement. Des conclusions du rapport Brundtland, on peut retenir que le développement durable s’articule autour de deux volets dont l’un est le souci des « besoins actuels » et l’autre, celui des besoins des « générations futures ». Chaque volet a trois aspects essentiels : un aspect écologique, un aspect économique et un aspect social. Pour les aspects « écologiques », le développement durable est fondé sur la durabilité environnementale, ce qui signifie un développement qui maintient l’intégrité de la biosphère et des écosystèmes. Quant à la « durabilité économique », elle a recours à un indicateur de bienêtre : par exemple, le niveau de consommation par tête qui doit être non-décroissant. Enfin, la « durabilité sociale » réside dans un principe éthique qui veut que la génération actuelle préserve le bien-être de la génération future par des mesures de sauvegarde de la ressource et de renforcement de la résilience des communautés dépendantes. Même si le développement durable connaît aujourd’hui une grande popularité, dans le domaine de la foresterie par exemple, le concept a été un principe accepté depuis le 18e siècle. La foresterie peut être considérée comme la première science à avoir incorporé les préoccupations relatives à la sauvegarde de ressources naturelles finies pour les futures générations. Le concept de durabilité fut déjà explicitement formulé dans la littérature forestière allemande du 18e siècle sous le vocable de « Nachhaltigkeitsprinzip ». À cette époque déjà, cette doctrine énonçait clairement ce qui est considéré aujourd’hui comme le principe de l’équité intergénérationnelle : « Pour remplir nos obligations à l’endroit de nos descendants et stabiliser nos communautés, chaque génération devrait préserver ses ressources et les maintenir à un niveau non déclinant. » (Duerr & Duerr, 1975). J’ai fait tous ces développements pour vous montrer que le concept du développement durable est assez vaste, mais ce qui est important est de ne pas perdre de vue sa volonté de concilier à la fois l’environnement, la société et l’économie dans une approche globale et cohérente. On cherche aussi à concilier la génération présente et future par les biais de la préservation des ressources naturelles dans le temps.

DIEGOUNE INFOS : Quels sont les enjeux des questions liées à la gestion durable des ressources ?

Ibrahima Gassama : Comme je vous l’ai démontré dans la question précédente, l’enjeu est de préserver les ressources naturelles et l’environnement afin qu’ils puissent bénéficier à plusieurs générations. Cependant, ce que l’on constate en Afrique et ailleurs dans le monde, c’est une dégradation continue de l’environnement. Selon les Nations Unies, environ 1 million d’espèces animales et végétales sont aujourd’hui menacées d’extinction, et cette situation est constatée en quelques décennies seulement, un constat sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Également, plus de 40% des espèces d’amphibiens, près de 33% des coraux formant des récifs et plus d’un tiers de tous les mammifères marins sont menacés. Cela montre clairement que la tendance empruntée dans nos modes de production et de consommation doit changer si nous voulons vivre dans les limites de la capacité de notre écosystème. L’enjeu, comme je l’ai mentionné précédemment, est de sauvegarder et d’améliorer le capital naturel de manière à ne pas l’amener à des seuils critiques. De ce point de vue, je constate avec satisfaction que des organisations comme Oceanium abattent un travail formidable au Sénégal. Ces dernières années, lors de mes visites en Casamance, j’ai constaté que la mangrove a été restaurée sur une bonne partie du territoire, cette végétation des cours d’eau a connu un développement considérable ; ce travail s’est également traduit par une amélioration considérable des aspects visuels du paysage. En réalité, ce sont des initiatives de cette nature qui doivent être implantées dans plusieurs pays d’Afrique si nous voulons préserver et améliorer le capital naturel. Par ailleurs, j’ai suivi de près le développement de la grande muraille verte africaine, dont la conception intégrée permet d’impulser le développement dans les communautés rurales en plus de reconstituer le couvert végétal dans la bande tracée. Le reboisement d’espèces végétales adaptées à l’écologie du milieu permettra non seulement de freiner l’avancée de la désertification, mais aussi de développer la biodiversité de l’Ouest à l’Est de l’Afrique. Le fait d’impliquer les communautés locales, ainsi que la jeunesse africaine et internationale est un bel exemple d’engagement qui montre que quand les projets de durabilité sont bien pensés, les populations sont enclines à s’en approprier. Tout cela me réconforte dans le fait que de beaux projets peuvent être initiés en Afrique et aboutir à des approches intégrées et participatives qui conduisent au développement durable. Je pense que si Oceanium maintient le cap su ce terrain on pourra garder l’espoir d’un renouveau africain en matière de développement durable.

DIEGOUNE INFOS : Quels sont les conseils que vous prodiguez aux politiques pour une gestion durable de nos ressources ?

Ibrahima Gassama : La gestion durable de nos ressources naturelles implique plusieurs préalables. À mon avis, le premier qui me semble primordial est que nos politiques publiques s’intéressent aux effets bénéfiques d’une bonne préservation de l’environnement. Ce que je répète souvent dans les tribunes où je suis invité c’est que même dans un univers où tout le monde devient riche, si on ne fait pas d’efforts pour avoir une bonne qualité de notre environnement, ce dernier sera le facteur limitant de notre bien-être. Par exemple, quand la mangrove disparaît, les stocks de poissons aussi diminuent, cet écosystème étant une zone de frayère pour les poissons. Au-delà de ce service d’approvisionnement, la disparition du couvert végétal réduit la séquestration de carbone et la filtration de la salinité des eaux fluviaux. Ces services de purification de l’air et de désalinisation des eaux améliorent la qualité de l’air et réduisent la salinité des sols. C’est pourquoi je suis d’avis que quand les politiques publiques africaines investissent dans la préservation de notre environnement, au-delà des bénéfices écologiques, elles améliorent en même temps l’activité économique et le bien-être humain. Ma deuxième suggestion est d’éduquer davantage la population africaine sur les questions d’environnement et de développement durable. Sur ce point, je pense que l’environnement devrait être enseigné dans les écoles, du primaire à l’université afin de préparer notre jeunesse à comprendre les vrais enjeux de la sauvegarde de l’environnement. Dans ce cadre, en ma qualité de Président du Comité d’Appui et de Soutien au Développement Economique et Social de la Casamance (CASADES), j’ai initié un projet pilote d’éducation environnementale dans les écoles primaires des départements de Ziguinchor, Oussouye et Bignona. Ce projet que nous avons déroulé, en collaboration avec l’ONG Happy Green World, a été financé par l’ambassade des Pays-Bas au Sénégal. Comme retombées tangibles, nous avons constaté un grand engagement des élèves pour maintenir leurs écoles propres ; ils ont également fait du compost ayant servi à faire du jardinage et du reboisement scolaire. Certains artistes ayant pris connaissance du projet ont également offert leurs services, dans les travaux pratiques, pour former les jeunes à fabriquer des pots de fleur, des tableaux d’artistes et des poufs. Au-delà de la préservation de l’environnement, nous avons senti un grand engouement des enseignants et des directeurs d’écoles à contribuer à cette formation qui réveille la conscience environnementale des jeunes. Ces derniers ont été de grands ambassadeurs de cause environnementale dans leur famille. Ce projet m’a d’ailleurs valu d’être finaliste du Prix Eco-Impact Awards du Canada, en raison de sa portée structurante en matière de développement durable. Au regard de ce que j’ai expérimenté dans ce projet pilote, je pense que l’éducation environnementale, le plus tôt dans le cycle primaire, peut aider à former des générations de défenseurs de l’environnement sur le continent. Pour la gestion des ressources naturelles, ma suggestion serait d’initier à l’intérieur de nos États des organes indépendants de vérification de l’état de l’environnement et de sa gestion. Sur ce sujet, je trouve assez original l’exemple québécois de création du poste de Forestier en chef dont le mandat est de produire, de manière indépendante, un bilan quinquennal de l’État des forêts et de sa gouvernance. Cette même démarche peut aussi voir le jour dans d’autres domaines comme les ressources minières et halieutiques. Cette manière de faire transparentes informe régulièrement la population sur la santé de l’environnement, mais aussi les moyens humains, matériels et financiers à mettre en œuvre pour atteindre des états de la gestion des ressources naturelles. Enfin, cette vérification indépendante peut être couplée à la création de Tables gestion des ressources et du territoire dont la finalité serait de créer une sorte d’assemblée des ressources naturelles du territoire. Dans une telle configuration, les acteurs clés auront à exprimer leurs opinions sur la manière dont leurs intérêts et leurs préoccupations devront être considérés dans la gestion des ressources de leur territoire. En Afrique, l’espoir est-il permis quand on se rend compte que l’environnement n’est pas une priorité ? Comme je l’ai déjà dit, le grand enjeu du développement durable en Afrique est de faire comprendre aux gouvernements que l’environnement n’est pas un domaine à négliger et qu’il peut grandement contribuer à l’essor économique de nos pays. C’est la raison pour laquelle je salue à sa juste valeur les activités citoyennes de préservation de l’environnement sur le continent. Par exemple, quand l’aménagement durable des forêts est bien implanté dans un pays, l’agroforesterie et le milieu halieutique en ressentent les effets d’entrainement d’un point de vue à la fois écologique, économique et social. Il est important de rappeler ici que l’essoufflement de la pêche dans les zones côtières africaines, largement tributaire de la concurrence des pêcheurs traditionnels par des bateaux industriels internationaux, sont des facteurs qui amènent des milliers de jeunes africains à se jeter à l’aventure d’une immigration clandestine risquée. L’inactivité des jeunes pêcheurs s’est traduite par une reconversion dont l’une des conséquences est la recherche d’un gain rapide fondé sur l’exploitation de la détresse de nombreux jeunes inactifs. Alors, il devient important de bien comprendre qu’une gestion intégrée réussie des zones côtières sera de nature à fixer les jeunes dans leur territoire et à leur procurer des revenus de subsistance. Comme le précisent Harris et Todaro, c’est le différentiel d’opportunité de rémunération entre les zones géographiques qui représente le moteur de l’immigration. En Afrique, malgré l’insuffisance des budgets nationaux consacrés à la préservation de l’environnement, je demeure confiant des nombreuses initiatives de sauvegarde et de régénération de l’environnement naturel. Avec le temps, ils contribueront grandement à éveiller les consciences et à ramener l’environnement au-devant de la scène publique. J’aime souvent rappeler qu’investir dans l’environnement est aussi un investissement dans l’économie et le social, en raison des effets bénéfiques induits dans la création d’activités et d’emplois.

DIEGOUNE INFOS : Si rien n’est fait pour protéger l’environnement, quelles seront les conséquences pour l’homme ?

Ibrahima Gassama : Pour répondre à cette question, je vous dirais que l’humain a tout à gagner dans une bonne préservation de l’environnement ; sa survie et ses moyens d’existence en dépendent très largement. Selon l’Évaluation des écosystèmes du millénaire conduite par les Nations-Unies en 2000, la nature fournit un ensemble de services écologiques qui contribuent de manière directe ou indirecte au bien-être humain. Il s’agit des services de soutien comme la formation des sols, des services d’approvisionnement comme la production de bois et de l’eau potable, des services de régulation comme la séquestration du carbone et les services socioculturels comme le récréotourisme. Tous ces services génèrent du bien-être profitable à l’humain. Donc, toute défaillance dans la protection de l’environnement aura tendance à réduire ou à faire disparaître ces services écologiques, donc à affecter négativement le bien-être humain. Dans plusieurs contrées de la planète, on a tendance à souligner de manière croissante la rareté de l’eau potable. Une bonne protection et la régénération du milieu naturel aurait parfois permis d’éviter. Par ailleurs, la disparition des abeilles réduit la pollinisation dans les milieux agricoles, engendrant la baisse des rendements agricoles. Cette situation engendre des coûts de production énormes pour les agriculteurs occidentaux, qui de plus en plus, ont recours à des locations de ruches d’abeilles pour améliorer les rendements. Des exemples de synergies de cette nature sont nombreux à notre époque, témoignant sur le fait que l’environnement est de plus en plus menacé par certaines pratiques non durables telles que la surexploitation des milieux naturels et l’usage de pesticides. Tous ces signaux militent en faveur d’une plus grande attention sur l’équilibre des écosystèmes et le renforcement des mesures de sauvegarde du capital naturel. Donc, pour résumer mes idées sur cette question, je dirai que la protection de l’environnement incombe à tous les habitants de la planète et nous devons tous être des ambassadeurs de cette bonne cause. Dans une optique plus durable, on parle de plus en plus de concevoir nos économies de manière circulaire de sorte à revaloriser plusieurs formes de déchets, à réduire l’obsolescence programmée des équipements et à favoriser la symbiose industrielle afin que les déchets des uns deviennent de la matière première pour les autres. Tout cela aura pour effet de réduire l’extraction de la matière vierge de notre planète et allonger la durée de vie des produits et des matières utilisées. Dans une telle optique, l’économie de partage ou l’économie collaborative, la réparation et la réutilisation des produits usagés feront en sorte que nous réduirons considérablement notre empreinte écologique sur la planète.

DIEGOUNE INFOS: Pour finir, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vous, d’où vient votre engagement pour l’environnement ?

Ibrahima Gassama : Depuis ma vie collégiale, mon rêve a toujours été de servir ma société pour l’aider à avoir accès à une meilleure qualité de vie et à réduire les inégalités sociales. Étant souvent très attentif à l’actualité nationale et internationale, je me suis vite rendu compte que la protection de l’environnement et le développement durable sont des vecteurs intéressants pour rendre le monde plus vivable et plus équitable. Bien que je me sois spécialisé en économie à l’université de Cheikh Anta Diop de Dakar, à cette époque déjà je voyais que ce domaine avait beaucoup à apprendre des autres disciplines. Je trouvais également que l’activité économique doit prêter une attention à la pérennité des ressources qu’elle exploite et à la qualité de l’environnement dans lequel vivent les humains et les animaux. Cela m’a conduit à me spécialiser dans l’environnement et le développement durable et à ne jamais quitter ce domaine d’intérêt jusqu’à mon doctorat. Ma passion pour l’environnement vient aussi de ma provenance du Sud du Sénégal, la Casamance, qui se trouve être la zone la plus forestière du Sénégal, mais que l’exploitation illégale de matière ligneuse fragilise malheureusement ces dernières années. J’ai vécu dès ma tendre enfance avec le milieu naturel, en m’adonnant à la cueillette de fruits sauvages, à écouter les oiseaux chanter, à regarder les singes sauter d’une branche à l’autre et à chercher des huîtres dans la mangrove. Ce vécu harmonieux avec le milieu naturel m’a fait prendre conscience que quelque part, notre bonheur est inséparable de cette nature qui nous donne la joie de vivre. Bref, je dois dire que la représentation de la nature à la fois majestueuse et généreuse a toujours été présente dans la vie des habitants de ma région, et le fait d’avoir une passion pour sa préservation n’est que la continuité de l’histoire d’amour de l’enfant que je fus avec son milieu d’origine. Je dois aussi dire que mon vécu pendant 7 ans au Saguenay-LacSaint-Jean, également la région la plus forestière du Québec, dans le cadre de mes activités professionnelles en aménagement forestier durable, m’a fait retrouver un milieu majestueux dont la beauté n’a d’égal à mes yeux que ma verte Casamance.

Ibrahima Gassama, PhD., sciences économiques Contact : igassama@gmail.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *