La nouvelle modification de la loi n°65-60 du 21 juillet 1965 portant Code pénal au Sénégal est un terrorisme d’État! ( Par Dr Mamadou BODIAN)

Nos autorités politiques semblent parfois perdre leur intelligence face à certaines situations et finissent par prendre des mesures absurdes qui créent des problèmes là où ils n’existent pas.

Comment comprendre que les tenant du régime en place veuillent faire passer en urgence à l’Assemblée nationale un projet de loi modifiant le Code pénal pour durcir la législation sur le terrorisme (en l’absence d’une large consultation), si l’objectif est vraiment de mettre les Sénégalais à l’abri de ce fléau ?

Les autorités font fausse route en cherchant, par une démarche acrobatique qui frise l’incompréhension, à qualifier certaines infractions purement politiques d’actes terroristes. Si le Sénégal est cité comme un exemple de résilience face au terrorisme, c’est parce que le pays est bâti sur un socle religieux et culturel qui ne laisse pas prospérer un tel phénomène sous nos cieux. Au lieu de renforcer ce socle, le régime en place a cherché une fausse solution dans la loi pour on ne sait quelle raison. Mais appliquer une loi injuste, même dans un esprit de rigueur, n’est pas synonyme de rendre la justice. Il est à craindre que la loi modifiant le code pénal, si elle est adoptée, porte un coup dur à notre démocratie puisqu’elle assimile l’exercice du droit de manifester à du terrorisme en réservant la peine suprême, la prison à perpétuité, aux individus reconnus coupables.

L’histoire nous apprend que la voie royale pour un État de créer un terroriste est d’étiqueter quelqu’un comme tel, puis de le réprimer sans lui donner une chance de se défendre par des moyens légaux équitables. Adopter des lois répressives contre un acte terroriste dont le législateur a le monopole de la définition peut ouvrir une brèche liberticide qui provoquerait le musellement des voix discordantes parmi les défenseurs des droits de l’homme, les acteurs politiques de l’opposition et de la société civile dont les actions et initiatives contrarieraient le pouvoir en place. Ce sera alors la fin de l’État de droit.

La modification de la loi sur le Code pénal que le régime de Macky veut passer en urgence est une révision liberticide. Il risque de créer des problèmes plus graves que ceux qu’elle prétend résoudre ou anticiper. Par conséquent, son retrait est plus qu’une urgence. Il est impératif de tempérer les ardeurs et de faire place à un dialogue serein autour des préoccupations nationales, notamment l’endiguement du terrorisme.

Mamadou Bodian
Docteur en science politique

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