CENTRE HOSPITALIER REGIONAL DE ZIGUINCHOR: Un hôpital plongé dans un coma financier, administratif et technique

Le Centre hospitalier régional de Ziguinchor (CHRZ) traverse une passe difficile. Une situation qui dure depuis plusieurs années et compromet présentement son fonctionnement normal.

Le professeur Moussa Seydi avait bien raison de dire que le service de réanimation de l’hôpital de Ziguinchor « n’est ni fonctionnel ni construit selon les normes ». Le chef du Centre de traitement des maladies infectieuses de l’hôpital de Fann a été très diplomatique dans son intervention, mais l’état de l’hôpital de Ziguinchor est manifestement plus scandaleux.

EST-CE UN HÔPITAL ?

Imaginez un peu un hôpital sans cardiologue, sans anesthésiste, sans réanimateur sans néphrologue et sans urgentiste. Et pourtant c’est ce que vivent les populations de Ziguinchor. Malgré qu’il soit très sollicité par les populations locales et étrangères, le Centre hospitalier ne dispose pas de cardiologue, pas d’anesthésiste, pas de médecin-réanimateur, ni de néphrologue encore moins d’urgentiste. Cette situation est connue des hautes autorités parce que le ministère de la Santé dispose de toutes les données concernant le personnel des établissements publics de santé.

Avec un taux de fréquentation élevé malgré son chaotique plateau médical, l’hôpital régional de Ziguinchor est dans l’obligation de faire des évacuations vers les établissements de santé du nord du pays. Des évacuations sur de très longues distances qui ont fini d’anéantir le parc ambulancier de la structure. Parfois, le CHRZ est obligé d’emprunter des ambulances au niveau des hôpitaux de La Paix et Silence pour procéder à des évacuations sanitaires. Au même moment, l’Etat du Sénégal se permet d’offrir des ambulances à la Guinée-Bissau. Nous n’avons rien contre cette République sœur, sauf que « charité bien ordonnée commence par soi-même ».

CRÉANCES, PERSONNEL, IPM, RETRAITE…

Mis à part le coma dans lequel est plongé l’hôpital, cet établissement public de santé souffre d’autres pathologies managériales. Il croule sous le poids des créances. A la date du 21 août 2020, les créances se chiffraient à 1 milliard 591 millions de francs CFA dont la moitié détenue par l’Etat (724 millions).

Outre les créances, la situation des ressources humaines est encore plus scandaleuse. Sur 359 agents de l’hôpital, seuls 87 sont étatiques. Le reste du personnel, soit 272 agents, est composé de contractuels (187) et de stagiaires (85). Parmi les stagiaires, plusieurs agents ont totalisé près de 10 ans de stage ! Comment cela est-ce possible ? En effet, la direction use de façon abusive la stratégie du mois de break pour renouveler sans cesse et de manière continue le stage de ces 85 agents qui doivent bénéficier ipso facto d’un contrat en bonne et due forme avec tous les avantages y afférents.

Cerise sur le gâteau. Pour des raisons financières, le CHRZ traine une ardoise de dette sociale de plus de 181 millions de francs CFA pour la retraite des employés de la structure au 30 juin 2020. Certains retraités peinent à percevoir leurs allocations, tandis que les contractuels CDI, du décret 74-347, n’ont jamais bénéficié de l’avancement dans leur carrière. A ce jour, la plupart ces agents décrochent présentement sans pension de retraite faute de cotisations sociales. A noter que plus de 178 de ces agents n’ont jusque-là jamais bénéficié de la motivation exceptionnelle communément appelée NEPAD. Pis, le personnel du CHRZ n’a jamais été affilié à une institution de prévoyance maladie (IPM) depuis sa création à nos jours.

Voilà, de façon résumée, l’état actuel du Centre hospitalier régional de Ziguinchor. Certes, il continue d’accueillir des malades, mais l’hôpital de Ziguinchor est plus souffrant que ses patients et mérite de soins très intensifs pour sortir de ce calvaire.

Signé par Pape Moctar Sélane, journaliste

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