BASSE CASAMANCE, UNE LONGUE TRADITION DE PRODUCTION DE RIZ LOCAL : DU « BONTI » AU « BRIKISSA » !

RECHERCHES AGRICOLES. Au Sénégal, selon l’Institut Technologie Agricole (ITA), il existe plus d’une quarantaine de variétés de riz réparties notamment dans les rizicultures pluviales des plateaux, des bas-fonds, des mangroves, irriguées. La plupart de ces variétés de riz (les sélections) nous proviennent des pays comme la Côte d’Ivoire (Bouaké), le Nigeria (Ibadan), le Sri Lanka, le Bangladesh, la Sierra Leone, (Rokupr), Taïwan, les Philippines (Los Baños), l’Inde, l’Amérique Latine, etc. Il existe aussi différentes sélections qui nous proviennent des centres de recherches de Djibélor et de la Vallée du Fleuve et à Saint-Louis du Sénégal.

Parmi ces variétés on peut notamment citer en riziculture pluviale de plateau : IRAT 10, Dj 8-341, ITA 150, WAB 56-50, Nerica 1, 5, 6. Pour ce qui est de la riziculture pluviale de bas-fond, on peut signaler : Dj 684 D, Dj 11-509, Dj 12-519, BW 248-1, BR 51-46-5, ITA 123, Tox 728-1, BG 90-2. Les rizicultures de mangrove utilisent les sélections suivantes : Rok 5, les WAR 1, 77-3-2-2, 81-2-1-3-2, etc. Enfin le gros lot des variétés utilisées se retrouvent en riziculture irriguée avec plus d’une vingtaine de sélections dont : les Sahel (108, 134, 159, 177, 201, 202, 208, 209, 1210; 217, 222, 305, 317, 328, 329) et les Nérica-S-19, 21, 36, 44, etc.

SYSTÈMES DE PRODUCTIONS RIZICOLES LOCAUX. La riziculture, nous l’avons déjà souligné, est le fondement du système de production agricole, de la vie sociale et l’imaginaire des Diolas. Elle est une tradition séculaire pour ce peuple reclus au fond des mangroves des Rivières du Sud. Les Diolas adorent le riz des bas-fonds et résistent, malgré les aléas climatiques, à adopter les variétés nouvelles dont le cycle est généralement plus court que le riz qu’ils préfèrent. Leurs riz préférés se nomment«Bonti», «Apourokoulo», «Mandégane», «Bassite», «Barase», «Bintong», «Mbagname», «Boule Niarou», «TôMari», «Dialisalisse», «Brikissa», etc.

Ces variétés de riz traditionnelles, ils les aiment pour le gout, l’odeur et la texture du riz une fois cuit. Comme le riz est leur aliment de base, ils le mangent matin, mdi et soir en prenant le soin d’en offrir une portion aux ancêtres en en versant des galettes aux ukiins (fétiches), les fétiches qui protègent les hanks (familles). Leurs riz bien aimés, ils le mangent de différentes manières : cuit, grillé, bouilli, pilé, etc. Dans les villages diolas, le processus de transformation ainsi que les techniques de production restent encore traditionnels et fortement marquées par un savoir-faire dont l’ingéniosité est remarquable dans la construction des digues.

VALORISER LA PRODUCTION LOCALE RIZICOLE. Au regard des tenaces traditions rizicoles et de la fertilité légendaire du milieu agricole casamançais, la Casamance doit – si des investissements conséquents accompagnent les efforts naturels des paysans diolas –demeurer un des greniers du Sénégal. Les politiques publiques de l’État du Sénégal doivent considérer le poids agricole de cette région et valoriser les modes de production traditionnels des populations du Sud qui continuent de produire, en quantité appréciable du riz malheureusement supplanté de plus en plus par les productions importées.

Par Ndukur Kacc Essiluwa Ndao AnthropologueMatar Ndour, Ethno-Photographique

© Projet Ethno-Photographique. Signes et symboles. Entre réalités et imaginaires. Matar Ndour et NKEN, octobre 2020.

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