Inondations à Dakar : Assainir ou Déguerpir !( Par Aliou Kolado Bà.

Extrait de ma grande enquête pour l’obtention du Diplôme Supérieur de Journalisme. C’était en 2000. Et toujours les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Assainir ou Déguerpir !
Pas besoin d’accuser le hasard ou une quelconque loi de la nature. Le phénomène est là. Il se répète et s’étend à chaque hivernage. Et on subit chaque jour ses multiples méfaits. Au moins pendant trois mois. Le diagnostic est fait. Et il conduit à la même conclusion : Dakar prend eau dans tous ses points bas.
Les causes sont connues. Elles ont pour nom vétusté du réseau de canalisation, texture argileuse des sols, habitat dans des zones non assainies et par conséquent inondées et inondables. En dehors de ces facteurs d’ordre structurel, se pose aussi le problème de la gestion du cadre de vie, à savoir l’assainissement, la salubrité et la gestion des ordures. Tous ces facteurs sont inextricablement liés quand on sait que l’ensablement et les déchets, surtout plastiques, jouent un rôle non négligeable dans l’obstruction des canaux d’évacuation des eaux pluviales. Ces facteurs, combinés au retour progressif des pluies font que 26 quartiers sont sous les eaux près de six mois sur douze et que plus de 49 secteurs deviennent impraticables pendant au moins trois heures après une averse.
Dès lors, la seule question qui vaille est de savoir comment sortir Dakar de l’eau ?
Les stratégies initiées jusque-là ont montré leurs limites. Les remblais, le pompage et le décolmatage des grilles avaloirs ou le refuge temporaire dans les écoles. Elles ne font que soulager, pour un temps, les victimes. En attendant la prochaine pluie pour revivre la même situation ou pire. Ou encore en attendant la prochaine saison des pluies pour reprendre le même travail sur les mêmes sites. Il est vrai que chez nous, la saison des pluies ne dure que trois mois pour une bonne partie du territoire. Mais que de souffrances endurées par les impactés, obligés de cohabiter ou de vivre dans l’eau malgré toutes les nuisances que cela occasionne. Ne serait-ce que pour ce problème, il urge de prendre des mesures draconiennes pour lutter contre la récurrence du phénomène des inondations. Ce qui exige des mesures courageuses de la part de l’État, d’autant que l’assainissement ne fait pas partie des domaines de compétence dévolues aux collectivités locales dans le cadre de la décentralisation. Et l’État n’a le choix qu’entre deux possibilités : ASSAINIR ou DEGUERPIR. L’une ou l’autre des solutions exige la mobilisation de beaucoup de moyens. C’est pourquoi l’État hésite, jusque-là, à nommer le mal. Car selon les estimations de M. Abdoulaye Sène, Directeur de l’ONAS, l’extension du réseau d’assainissement, sur un kilomètre, demande un investissement de 27 millions de francs CFA (cf. Le Soleil n° 9116 du 17 octobre 2000). On imagine l’investissement que cela demande quand M. Sène nous apprend encore que « seulement 48 à 50% de la capitale sont raccordés au réseau ».
Envisager la restructuration suppose aussi la mise en place de moyens colossaux pour viabiliser avec un grand risque de frustrer les populations à déguerpir. Surtout que beaucoup d’entre elles ont noué des liens affectifs avec ces terres qui ont vu naître et grandir leurs enfants. Mais ces solutions sont incontournables pour sortir Dakar de l’eau et réussir, en conséquence, d’autres projets qui tiennent particulièrement à cœur les nouvelles autorités : rendre Dakar belle et propre. Ce qui ne peut, en aucun cas, s’accommoder de ces flaques d’eau verdâtre, qui dégagent, à tout coin de rue, une odeur repoussante.

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