LE BUKUT (GRANDE INITIATION) DE MLOMP ESSYLE, BLOUF, BASSE CASAMANCE

Les bùkut se suivent et ne se reseemblent pas. Entre le Kassa, les Fogny, les Kalounayes, les Baillottes, le Blouf, les bukut retentissent aux quatre coins d’une Basse Casamance où affluent des milliers de personnes. Et pour cause Diatock qui a acceuilli un bùkut en 2015 est resté 41 ans sans l’organiser. Ndiambalang, 42 ans.

Mlomp avait acceuilli des milliers de personnes. Il était resté 35 ans sans organiser son bukut. Nous étions en 2016. Au depart près de 500 initiés sont rentrés dans le bois sacré ou les bois sacrés. Car le bùkut est aussi une affaire de famille. Et de bois sacré. Une façon de battre en brèche les conceptions uniformes et monolithiques des bois sacrés d’une Basse Casamance qui en compte des centaines aux usages multiformes.

Lorsque Mlomp organise Tendouck, Karones, Kabiling sont présents. Ils ont les memes “privilèges” de présence sur tous les espaces sacrés et profanes. Ils peuvent rentrer dans les bois sacrés du Bùkut. Ils peuvent participer aux ceremonies mystiques préliminaires d’avant entrée. Au nom des rapports complexes de “cousins à plaisanteries”. C’est cela aussi les parmanences historiques et mystiques des bùkut qui ne sont jamais strictement organisés par un seul village mais par plusieurs souvent en association. Les bùkut, c’est aussi une occasion pour saisir les modes d’organisation inter-villageois qui pratiquent les mêmes rituels et qui sont membres d’une même famille élargie.

Mlomp Essyle à l’instar d’une bonne partie du Blouf, a presque les mêmes arcs protecteurs portés par les initiés. Ils ont dansé avec ces bâtons sous forme de demi – cercle. Dans un entrelacement aux géométries variables pour magnifier les liens de consanguinité ou familiaux qui lient Tendouck, Karones, Kabiling. Mlomp Essyle, c’est aussi des ajamaat venus du Sud de la Gambie, de la Guinée Bissau qui ont rivalisé avec des exhibitions aux couteaux les unes plus spectaculaires que les autres. C’est cela aussi le bùkut. Ces exhibitions mystiques pour démontrer l’ingéniosité, la bravour, l’esprit de combativité des ajamaat. Une pédagogie du courage entre des hommes ajamaat qui souhaitent que leur état d’esprit soit projeté vers celui des futurs initiés.

Mlomp Essyle, c’est aussi des contraintes fortes au passage des futurs initiés. Autant Diatock et Ndiambalang étaient relativement permissifs, autant Mlomp Essyle fut moins ouvert notamment pour capter les derniers instants de la procession d’entrée vers les différents bois sacrés du Bùkut. C’est cela aussi souvent les bùkut. Les logiques d’interdiction mystique variables selon les bùkut et selon les villages. Les espaces sacrés et profanes n’ont pas les mêmes statuts. Sauf pour les bois sacrés inviolables par les yeux profanes. Le bùkut est ainsi un complexe processus de négociations et de renégociations permanentes aux statuts difficiles à identifier sauf à suivre les consignes officielles.

Etamaya, Boundia, Kawaguir, Kalokir de Mlomp Essyle étaient en effervescence. Chacun assumant des fonctions spécifiques selon son statut. Ainsi va le bùkut avec ses contraintes, ses ouvertures, ses innovations et ses complexités. 500 initiés voire plus sont entrés dans les bois sacrés pour une durée indéterminée. Du moins pour le moment. Les enfants de moins de 8 ans avaient rejoint l’après midi leurs aînés. Les plus jeunes ou enfants ont rejoint les bois le dernier jour de sortie. Le bois devrait était ouvert pour un an. Les « retardataires » étaient les bienvenus avant la fermeture définitive du bois sacré.

Par Ndukur Kacc Essiluwa Ndao Anthropologue Matar Ndour, Ethno-Photographe.

© Projet ethno-photographique. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour & NKEN, septembre 2020.

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