LE TABAGISME : UNE AUTRE PANDÉMIE MORTELLE

Le tabac tue 560 personnes à chaque heure, soit 13 400 par jour et 4,9 millions par an(OMS).La consommation augmente dans le monde entier et l’on estime que, si l’on n’applique pas des mesures draconiennes, il tuera 8,4 millions de personnes par an d’ici 2025. Près d’un milliard d’hommes fument dans le monde (soit 35 % de la population masculine dans les pays développés et 50 % dans les pays en en voie de développement). Près de 250 millions de femmes fument chaque jour dans le monde (soit 22 % de la population féminine dans les pays développés et 9 % dans les pays en voie de développement).

QU’EST-CE QUE LA FUMÉE SECONDAIRE ?

La fumée de tabac secondaire est le mélange de fumée émise par l’extrémité brûlante d’une cigarette ou d’autres produits du tabac et de fumée exhalée par le fumeur. La FTS contient des milliers de produits chimiques connus, dont au moins 250 sont réputés cancérogènes ou toxiques.

Effets sur la santé

Contenant 69 substances cancérogènes connues en plus de la nicotine, elle-même drogue
hautement dépendogène, la fumée de tabac nuit à pratiquement tous les organes du corps (HHS,
2010). En outre, le tabagisme est particulièrement dangereux pour les femmes enceintes et leur
fœtus. Il augmente le risque de mort à la naissance et de faible poids de naissance chez les bébés
nés de femmes qui fument pendant leur grossesse (CDC, 2012). Le tabagisme cause 12 % de tous
les décès dans le monde entier et 3 % en Afrique (OMS, 2011a). On estime qu’il cause 71 % de
tous les décès dus au cancer du poumon, 42 % des maladies respiratoires chroniques et près de
10 % des maladies cardiovasculaires (OMS, 2011a). Il est aussi responsable de 7 % des décès dus à
la tuberculose et 12 % des décès dus aux infections de la voie respiratoire inférieure (OMS, 2012c).
Il a été montré que le tabagisme augmente le risque de tuberculose en Afrique (Ramin et al 2008).
La consommation de tabac est le principal risque comportemental de maladies non transmissibles dans le monde entier (OMS 2011a). En l’absence de toute tentative de prévention de la consommation
de tabac en Afrique, à l’horizon 2030, la consommation de tabac pourrait constituer une proportion significative de tous les décès projetés comme étant dus aux maladies non transmissibles dans la région(Öberg et al., 2010). La mortalité due aux maladies non transmissibles n’étant pas immédiate, la morbidité et les incapacités dues à la consommation de tabac sont élevées et pourraient conduire à des charges excessives pour les familles soignant des membres malades.
Outre les effets directs du tabagisme sur les fumeurs, l’exposition involontaire à la fumée de tabac, ou tabagisme passif, pose un risque substantiel pour la santé de ceux qui ne fument pas (Eriksen et al., 2012 ; OMS, 2011a). Le tabagisme passif cause des maladies et des décès chez les non fumeurs ; des données factuelles robustes lient l’exposition au tabagisme passif à certaines maladies chez les adultes et chez les enfants.

Conséquences sur le développement

Le tabac menace le développement des pays africains à tous les niveaux de la société (Sachs, 2001). Comme il a été décrit ci-avant, la consommation de tabac est un des facteurs de risque majeurs pour les
maladies non transmissibles, qui sont estimées devoir causer un pourcentage croissant de la morbidité
et de la mortalité surtout en Afrique. Les maladies non transmissibles sont coûteuses à traiter ; elles nécessitent des prestataires de soins de santé plus spécialisés et des interactions plus continues avec les systèmes de soins de santé que les maladies
infectieuses. Les systèmes de santé africains qui sont conçus pour traiter les maladies transmissibles vont nécessiter des investissements importants et, dans certains cas, une reconception pour prendre en charge les besoins de patients souffrant de maladies non transmissibles. En outre, les maladies non
transmissibles affectant principalement les adultes et causant souvent un certain niveau d’incapacité,
les effets indirects ultérieurs d’une productivité et d’une consommation réduites peuvent avoir des conséquences socio-économiques profondes. Directement ou indirectement, le tabac constitue une menace pour le développement, le soulagement de la pauvreté et le progrès économique (Sachs 2001).
Il existe toutefois des données factuelles montrant que cibler les facteurs de risque pour les maladies non transmissibles par des programmes de promotion de la santé et de prévention peut réduire de plus de moitié la charge de ces maladies et que les efforts de réduction de la consommation de tabac sont particulièrement efficaces (BM, 2011).
Le tabac a également des conséquences délétères pour le développement au niveau du ménage
et de la personne. Comme beaucoup de facteurs de risque sanitaire, la consommation de tabac et les charges économiques connexes affectent davantage les populations pauvres et peuvent faire perdurer
les situations de niveau d’instruction faible et de malnutrition (Esson et Leeder, 2004 ; OMS, 2004).

Prévention et réduction des effets sanitaires de la consommation de tabac

Compte tenu du caractère hautement dépendogène du tabac (OMS, 2010d), la prévention de
la consommation de tabac est le moyen le plus efficace d’éviter les effets nocifs sur la santé du
tabagisme actif et passif. L’organisme sanitaire des Académies nationales des États-Unis, The Institute
of Medicine, estime que seulement 6 % des fumeurs qui essaient d’arrêter de fumer y parviennent
(IOM, 2012) ; les taux de sevrage sont souvent faibles, même dans les pays dotés de politiques de sevrage fortes (Abdullah and Husten, 2004). La dépendance au tabac est une maladie reconnue par l’OMS dans la dixième révision de la Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes, la nicotine étant la substance source de la dépendance (OMS, 2010d). Comme les
autres dépendances, la dépendance à l’égard du tabac suit un cheminement pathologique spécifique
et, si l’initiation dépend de plusieurs facteurs, la dépendance soutient la consommation(Hatsukami et al., 2008). Les politiques et interventions conçues pour réduire la prévalence du tabagisme et la consommation du tabac peuvent cibler n’importe quel stade de la trajectoire de la dépendance au tabac : réduire l’intention de consommer, prévenir l’initiation, réduire la consommation parmi les utilisateurs actuels, aider les personnes à se sevrer et aider les personnes qui ont recommencé à
fumer à cesser de nouveau (Moolchan et al., 2007).

Par Docteur Moussa Kanté Diedhiou

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